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De plus en plus de preuves de l’inefficacité de l’hydroxychloroquine contre la COVID-19

par Cédric Ayisa - 07 août 2020   1550 vues   8 min
De plus en plus de preuves de l’inefficacité de l’hydroxychloroquine contre la COVID-19

Propos vérifié

L’hydroxychloroquine ne sauve pas la vie des patients atteints de la COVID-19

Verdict

Exact dans son ensemble (avec réserves)

Depuis le début de la crise de la COVID-19, l’efficacité de l’hydroxychloroquine et de la chloroquine a été alternativement vantée ou écartée par le monde scientifique et par les décideurs politiques en rapport avec la COVID-19. Comme le sujet continue de faire couler beaucoup d’encre virtuelle, nous tentons ici de départager les informations exactes.  

Un article sur le site web de la BBC publié le 5 juin affirme que l’hydroxychloroquine « ne sauve pas des vies » dans le traitement de la COVID-19. Ces propos sont exacts avec réserves. 

Nous précisions qu’au moment où ces propos ont été publiés le 5 juin, ils étaient non corroborés. Au moment de cette publication, ils sont exacts avec réserves. Notre verdict interne a évolué au même titre et à la lumière des preuves et des consensus scientifiques. 

Une distinction à faire entre la prise d’hydroxychloroquine pour la COVID-19 chez les patients hospitalisés et en prophylaxie/ post-maladie 

Comme l’indique la National Center for Biotechnoloy Information (NCBI), la chloroquine est utilisée pour prévenir et traiter la malaria et l'amibiase, tandis que l'hydroxychloroquine, un métabolite moins toxique de la chloroquine, est utilisée pour traiter les maladies rhumatismales telles que le lupus érythémateux systémique (LED), la polyarthrite rhumatoïde (PR), l'arthrite juvénile idiopathique (AJI) et le syndrome de Sjögren. 

En mars 2020, à cause de ses propriétés antivirales et de tests préliminaires conduits, des chercheurs ont avancé l’hypothèse selon laquelle l’hydroxychloroquine serait aussi efficace contre la COVID-19.  

Des études ont été entreprises dans le cadre de plusieurs programmes de recherche sur la COVID-19, menés par l’OMS, l’Union Européenne, l’Angleterre et d’autres, pour établir l’efficacité du médicament contre la COVID-19. Ces études portent sur la prise de l’hydroxychloroquine dans plusieurs contextes : 

  • études cliniques chez les patients hospitalisés pour la COVID-19 
  • prise de l’hydroxychloroquine en prévention de la maladie (prophylaxie) 
  • prise de l’hydroxychloroquine post-maladie 

 
Des études sont également menées pour tester l’efficacité de l’administration en tandem d’hydroxychloroquine et d’azythromicine, un antibiotique.   

Les consensus scientifiques sur l’hydroxychloroquine  

Plusieurs études cliniques majeures ainsi que des consensus scientifiques sont arrivées à la conclusion que l’administration d’hydroxychloroquine n’offre aucun bénéfice aux patients hospitalisés atteints de la COVID-19.   

Le 4 juillet 2020, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a accepté la recommandation du Comité directeur international du programme de recherche Solidarity de mettre fin aux études cliniques sur l’hydroxychloroquine. La décision est fondée sur les données factuelles obtenues dans le cadre des résultats provisoires de l’essai Solidarity et sur l’examen des données factuelles de tous les essais présentés lors du Sommet de l’OMS au début juillet 2020 sur la recherche et l’innovation concernant la COVID-19. L’arrêt des études du programme de l’OMS par rapport à la prise d’hydroxychloroquine porte sur la prise d’hydroxychloroquine chez les patients hospitalisés et non sur la prise du médicament en prévention de la maladie.   

L’OMS avait annoncé le 25 mai la suspension temporaire des traitements avec l’hydroxychloroquine dans le cadre de son programme d’études cliniques Solidarity. Cette annonce était survenue à la suite de la publication d’une étude de la revue scientifique, The Lancet, le 22 mai 2020. Les résultats de la recherche faisaient état d’un taux de mortalité élevé et d’une arythmie cardiaque fréquente constatée chez les patients traités avec ce médicament. Cependant, l’OMS est revenue sur sa décision le 3 juin et a annoncé que les études cliniques avec l’hydroxychoroquine pouvaient reprendre. Le retournement de situation avait été causé par les doutes soulevés par d’autres scientifiques quant à la méthodologie de l’étude et des données utilisées. Ces dernières proviennent de l’entreprise Surgisphere (site internet désormais suspendu), basée aux États-Unis et qui se proclame spécialisée dans l’analyse de données de santé. Les données ne pouvant être vérifiées par un comité indépendant « pour des questions de confidentialité » a indiqué Surgisphere, l’étude a été retirée par The Lancet.  

En Angleterre, les conclusions préliminaires d’une étude publiée au mois de juin  par l’Université d’Oxford via le programme RECOVERY Trial, une initiative du gouvernement britannique, ont été révisées par un comité indépendant. Elles indiquent que l’hydroxychloroquine n’a « aucun effet bénéfique pour les patients atteints de la COVID-19 ». En effet, après 28 jours de traitement le taux de mortalité du groupe de 1524 patients de COVID-19 sélectionnés au hasard était de 25,7%, tandis que le taux de mortalité pour les 3 132 patients également sélectionnés au hasard et traités de façon habituelle était de 23,5%. La différence du taux de mortalité n’étant pas significative entre les deux types de traitement, les chercheurs ont décidé de suspendre les tests avec l’hydroxychloroquine dans le programme RECOVERY.  

Et encore plus récemment, une étude menée au Brésil  sur plus de 500 patients hospitalisés atteints ou soupçonnés d’avoir la COVID-19 et qui avaient des formes faibles ou modérées de la maladie et publiée dans le Journal of New England Medicine a conclu que l’usage de l’hydroxychloroquine, avec ou sans l’antibiotique azythromicin ne changeait en rien l’état de patients, comparé aux traitements habituels.  

L’hydroxychloroquine en prévention de la maladie 

La décision de l’OMS, des chercheurs du programme RECOVERY ainsi que d’autres études jettent des doutes sur l’efficacité de l’hydroxychloroquine en général, incluant sur son utilisation en prévention de la maladie. Une étude effectuée par des universités canadiennes et américaines qui avait pour but de vérifier l’efficacité de l’hydroxychloroquine dans la prévention de la COVID-19 n’a montré aucun bénéfice. Selon les résultats publiés dans la New England Journal of Medecine, ni le traitement avec l’hydroxychloroquine ni celui avec le placebo, n’ont permis aux personnes ayant été exposées au virus de prévenir la maladie. De plus, des effets secondaires comme de la nausée, des selles molles ou des douleurs abdominales, ont été plus présents chez les patients traités avec l’hydroxychloroquine que chez ceux traités avec le placebo (40.1% contre 16.8%). 

Cependant, il n’y a pas encore assez d’études sur l’usage de l’hydroxychloroquine en prévention de la COVID-19 pour en arrêter les essais cliniques. Nous anticipons que cela va changer dans les prochains mois et publierons une mise à jour dans une section « Mise à jour » au bas de cet article. C’est cette incertitude par rapport à l’usage de l’hydroxychloroquine en prévention de la COVID-19 qui constitue notre réserve quant au verdict que nous avons émis.  

Usage compassionnel et d’urgence 

L’hydroxychloroquine fait encore l’objet d’essais cliniques dans certains pays tels que les États-Unis, selon le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC). Certains chercheurs comme le Professeur Didier Raoult de la France continuent également d’étudier son efficacité mais avec un essai clinique ouvert sans groupe de contrôle et un échantillon de 26 patients, leurs résultats ne peuvent être considérés comme étant fiables. 

De plus, le 15 juin 2020, la FDA américaine a annulé l’usage d’urgence de l’hydroxycloroquine et de la chloroquine pour traiter la COVID-19 – soit le dernier recours. Elle a évoqué l’inefficacité de ces médicaments, les effets indésirables graves et le nombre d’événements cardiaques graves pour stipuler que les bénéfices connus et possibles de l’hydroxycloroquine et de la chloroquine ne l’emportent plus sur les risques connus et possibles de l’usage d’urgence. Même son de cloche en France où les autorités ont suspendu l’usage de l’hydroxychloroquine dans les traitements contre la COVID-19 (y compris en usage compassionnel ou en urgence), sauf dans les essais cliniques. En Belgique, l’Agence fédérale des médicaments et des produits de la santé déconseille “fortement” tout usage “off-label” (sans indication) “de l’hydroxychloroquine en dehors d’un essai clinique”. 

Cependant dans certains pays, malgré les controverses et les résultats de certaines études, l’usage de l’hydroxychloroquine est préconisé. En Inde, elle est utilisée en prophylaxie (pour prévenir la maladie)au Sénégal et au Brésil, les autorités sanitaires continuent de la prescrire aux patients. En juillet, le président brésilien, Jair Bolsonaro, testé positif au coronavirus, a loué l’hydroxychloroquine en la prenant dans une vidéo publiée sur son compte Facebook

Il est dangereux et nuisible de promouvoir un médicament dont l’efficacité n’a pas été prouvée. Cela peut mener à des surdoses, des effets secondaires indésirés, et à une pénurie de médicaments pour ceux qui en ont vraiment besoin. 

Dans un contexte nouveau comme celui de la COVID-19, les recherches évoluent, l’urgence d’agir également. Ces situations poussent les scientifiques à procéder autrement dans leurs démarches et à changer de position en fonction de nouvelles données. Quant à la population, elle fait face à des recommandations des autorités, qui changent au fur et à mesure que les choses évoluent. En ce qui a trait à la COVID-19, l’hydroxychloroquine demeure, à l’heure actuelle, un médicament uniquement recommandé dans les essais cliniques et pour usage compassionnel, à la discrétion des pays.

Notre objectif est de vous fournir des faits vérifiés aussi exacts et à jour possible. Si vous pensez que nous avons fait une erreur ou que nous avons omis des renseignements importants, veuillez nous contacter.

Gouvernement britannique 

https://www.gov.uk/government/news/worlds-largest-trial-of-potential-coronavirus-treatments-rolled-out-across-the-uk 

Recovery Trial 

https://www.recoverytrial.net/ 

https://www.recoverytrial.net/news/statement-from-the-chief-investigators-of-the-randomised-evaluation-of-covid-19-therapy-recovery-trial-on-hydroxychloroquine-5-june-2020-no-clinical-benefit-from-use-of-hydroxychloroquine-in-hospitalised-patients-with-covid-19 

Étude au Brésil publiée en juillet 2020 

https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMoa2019014 

National Institute of Health 

https://www.covid19treatmentguidelines.nih.gov/whats-new/ 

Science direct 

https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0924857920300996?via%3Dihub 

American College of Physicians 

https://www.acpjournals.org/doi/10.7326/M20-2496 

New England Journal of Medecine 

https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMoa2016638 

Organisation mondiale de la santé (OMS) 

https://www.who.int/fr/emergencies/diseases/novel-coronavirus-2019/question-and-answers-hub/q-a-detail/q-a-hydroxychloroquine-and-covid-19 

https://www.who.int/fr/news-room/detail/04-07-2020-who-discontinues-hydroxychloroquine-and-lopinavir-ritonavir-treatment-arms-for-covid-19 

US Food and Drug Administration 

https://www.fda.gov/drugs/drug-safety-and-availability/fda-cautions-against-use-hydroxychloroquine-or-chloroquine-covid-19-outside-hospital-setting-or 

The Lancet 

https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(20)31180-6/fulltext 

https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(20)31290-3/fulltext 

https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(20)31324-6/fulltext 

Surgisphere 

https://surgisphere.com/ (non disponible) 

National Center for Biotechnology Information 

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK537086/ 

Nature Research 

https://www.nature.com/articles/s41421-020-0156-0#Bib 

Ministère des solidarités et de la santé (France) 

https://solidarites-sante.gouv.fr/actualites/presse/communiques-de-presse/article/communique-de-presse-hydroxychloroquine-27-mai-2020 

Agence fédérale des médicaments et des produits de santé, AFMPS (Belgique) 

https://www.afmps.be/fr/news/coronavirus_hydroxychloroquine_utilisation_off_label_fortement_deconseillee_et_nouvelle_analyse 

Science X 

https://medicalxpress.com/news/2020-05-india-hydroxychloroquine-virus.html 

https://medicalxpress.com/news/2020-05-brazil-hydroxychloroquine.html 

Gouvernement du Canada

https://www.canada.ca/fr/sante-publique/services/maladies/2019-nouveau-coronavirus/professionnels-sante/prise-charge-clinique-covid19.html

https://www.canada.ca/fr/sante-publique/services/maladies/2019-nouveau-coronavirus/professionnels-sante.html

Faits COVID-19

https://www.covid19facts.ca/fr/faits-verifies/covid-19-la-dexamethasone-est-efficace-dans-le-traitement-des-cas-graves

FDA

https://www.fda.gov/emergency-preparedness-and-response/coronavirus-disease-2019-covid-19/donate-covid-19-plasma/

  Propos vérifié

James Gallagher

Personne
L’hydroxychloroquine ne sauve pas la vie des patients atteints de la COVID-19

Verdict:

Exact dans son ensemble (avec réserves)

 07 août 2020


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