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Il n’y a pas assez de données pour savoir si le virus qui provoque la COVID-19 peut se propager par le système de ventilation d'un bâtiment

par Grailing Anthonisen - 16 juin 2020   485 vues   10 min
Il n’y a pas assez de données pour savoir si le virus qui provoque la COVID-19 peut se propager par le système de ventilation d'un bâtiment

Propos vérifié

Le coronavirus peut se propager par le système de chauffage, de ventilation et de climatisation (CVC) des bâtiments

Verdict

Non corroboré (données insuffisantes)

Une équipe de chercheurs de l'université de l'Alberta affirme que le virus à l'origine de la Covid-19 peut se propager par les systèmes de ventilation des bâtiments. Notre verdict est que cette affirmation est non corroborée: il n'y a pas assez de données pour la justifier.

En avril 2020, une subvention fédérale canadienne a été accordée à l'Université de l'Alberta pour étudier les stratégies d'atténuation de la transmission de la COVID-19 par les systèmes de chauffage, de ventilation et de climatisation (CVC). Il s'agit d'une étude préliminaire et non de conclusion ferme. Bien que certaines études suggèrent la possibilité d'une transmission par voie aérienne, il n'y a pas de consensus scientifique et les organisations de santé publique, comme l'Organisation mondiale de la santé et les Centers for Disease Control and Prevention (US CDC) des États-Unis maintiennent qu’il est impératif de poursuivre les recherches pour déterminer si le virus de la Covid-19 peut se transmettre par voie aérienne. Pour le moment, il est probable que la transmission par voie aérienne soit possible, mais les chercheurs ne savent pas encore à quelle fréquence. Une fois le mode de transmission confirmé, d’autre études seront nécessaires pour déterminer si les systèmes CVC peuvent transmettre le virus. 

Les gouttelettes ne sont pas définies comme une transmission par voie aéroportée

Les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC) expliquent que le coronavirus se propage par des gouttelettes respiratoires, produites par l'expiration, la toux ou les éternuements. Celles-ci ne peuvent parcourir qu'une courte distance, avant de tomber, c'est pourquoi nous avons des règles de distanciation physique de 2 mètres. Les personnes peuvent être infectées en touchant une surface infectée, puis en se touchant la bouche, le nez ou les yeux avant de se laver les mains.

Même si ces gouttelettes voyagent dans l'air, elles ne sont pas considérées, en termes techniques, comme une transmission par voie aéroportée. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) explique que la transmission par voie aéroportée est définie comme la transmission de particules plus petites que les lourdes gouttelettes par lesquelles le coronavirus se propage, et qui peuvent voyager plus loin et rester dans l'air plus longtemps. L'OMS soutient que ce n'est pas le cas pour le nouveau coronavirus.

Récemment, cependant, des scientifiques australiens ont affirmé qu'il est probable que la COVID-19 puisse se propager par voie aéroportée. Ils avancent cet argument parce que ce brin du virus, également connu sous le nom de SARS-CoV-2, a un prédécesseur, SARS-CoV-1, qui était aéroporté. C'est une théorie et elle n'est pas encore corroborée par des études concrètes.

Dans une lettre ouverte datée du 6 juillet 2020, 239 scientifiques de 32 pays ont exhorté la communauté médicale à reconnaître le potentiel de propagation aérienne de la COVID-19. Ils citent de nombreuses études et reconnaissent que, bien que la transmission aérienne du SRAS-CoV2 ne soit pas encore universellement acceptée par la communauté médicale, il existe suffisamment de preuves préliminaires pour encourager la prise de précautions. Selon cette lettre, il existe un "potentiel significatif" de propagation par inhalation à courte ou moyenne distance, qu'ils définissent comme pouvant aller jusqu'à plusieurs mètres, ou à l'échelle d'une pièce.

En réponse, l'OMS a mis à jour sa note d'information sur les modes de transmission pour la première fois depuis le 29 mars 2020. Elle a connaissance d'études qui ont évalué la présence d'ARN COVID-19 dans des échantillons d'air, mais qui ne sont pas indicatives d'un virus viable qui pourrait être transmissible. L'OMS a reconnu que des recherches sont "nécessaires de toute urgence pour étudier ces cas et évaluer leur importance pour la transmission de la COVID-19". Il est important de savoir si un virus viable est trouvé et quel rôle il peut jouer dans la transmission.

Les systèmes CVC peuvent-ils encore propulser de lourdes gouttelettes ?

L'étude de l'Université de l'Alberta a été en partie inspirée par un groupe de cas de Covid-19 survenus dans un restaurant d'une ville du sud de la Chine, liée à son climatisateur. Selon un document publié par le Centre de contrôle et de prévention des maladies du district de Guangzhou Yuexiu, les scientifiques qui ont étudié un groupe de personnes ayant mangé dans ce restaurant ont découvert que le fort flux d'air provenant de l'air climatisé "a pu propager des gouttelettes" et que dans ce cas, la ventilation d’air climatisé a provoqué la transmission des gouttelettes. Ils n'ont pas trouvé que le coronavirus avait été aéroporté.

Cependant, il ne s'agit que d'un seul incident signalé, avec un échantillon de cas très réduit, dans un restaurant où la ventilation générale était mauvaise. Aucun autre cas de transport des gouttelettes n’a été signalé par des systèmes de chauffage, de climatisation et de ventilation. En outre, les auteurs de l'étude font part de limites qu'il est important de prendre en compte: ils n'ont pas mené d'étude expérimentale qui aurait imité une voie de transmission aéroportée dans ce restaurant, ni estimé le risque d'infection par d'autres voies en testant des membres de la famille et d'autres convives asymptomatiques. Aucun autre client et membre du personnel du restaurant n'a reçu de diagnostic positif de Covid-19.

L'American Society of Heating, Refrigerating and Air-Conditioning Engineers (ASHRAE), une association professionnelle, insiste sur le fait que les systèmes de chauffage, de climatisation et de ventilation ne jouent qu'un petit rôle dans la transmission des maladies en général et que la COVID-19 ne fait pas exception. D'autres voies de transmission, comme le contact de personne à personne, sont beaucoup plus probables.

Existe-t-il suffisamment de données pour arriver à une conclusion?

Dans ce cas-ci, les données sont insuffisantes pour être concluantes sur le rôle des systèmes de chauffage, de ventilation et de climatisation dans la transmission de la COVID-19. Notre verdict est que l'affirmation publiée dans le journal canadien The National Post est non corroborée.

La présence de recherches préliminaires n’équivaut pas à un consensus scientifique, ce qui prend beaucoup plus de temps et qui peut évoluer et changer au fil de nouvelles recherches. Le virus qui cause la COVID-19 est un nouveau virus, ce qui signifie qu'il n’existait pas jusqu'à cette pandémie. Habituellement, lorsque des études de recherche académiques sont publiées, elles sont examinées par des pairs, ce qui signifie qu'elles sont examinées par des experts extérieurs pour juger de leur qualité, de leur validité et de leur fiabilité. Comme l'expliquent les nouvelles de l'Université de Stanford, puisqu’il s'agit d'une situation de crise, il y a eu un grand besoin d’obtenir des informations et des solutions le plus rapidement possible et beaucoup d'informations sont publiées sous forme de "pré-publication", sans les normes élevées habituelles de ce processus d'examen par les pairs. Cela est fait pour encourager la collaboration et augmenter la rapidité des résultats, mais cela crée un risque que les études soient partiellement ou complètement inexactes.

En attendant, comment se protéger?

En plus des recommandations de l'OMS concernant la distanciation physique et le nettoyage routinier, il existe un certain nombre de précautions que vous pouvez prendre concernant les systèmes de chauffage, de ventilation et de climatisation. Pour l'intérieur de votre maison, le CDC américain recommande de se laver régulièrement les mains pendant 20 secondes, d'éviter tout contact avec des personnes malades, même à l'intérieur de votre maison, et de nettoyer et désinfecter quotidiennement les surfaces utilisées tous les jours. Si possible, la personne malade doit rester dans une pièce séparée. Si une personne est malade, l'OMS recommande de s'assurer que la plomberie est bien entretenue pour éviter de contaminer la plomberie ou le système de ventilation par des matières fécales en aérosol dans la salle de bains. Sinon, si possible, la personne malade devrait utiliser une salle de bain séparée.

Pour les bâtiments publics, afin de réduire davantage les risques, l'ASHRAE recommande d'augmenter la ventilation de l'air extérieur, de désactiver la ventilation sur demande, d'ouvrir les clapets à air extérieurs jusqu'à 100%, d'éliminer la recirculation et d'augmenter la filtration de l'air central. Selon l'ASHRAE, les systèmes de chauffage, de ventilation et de climatisation assurent une ventilation et une filtration qui peuvent maintenir l'air propre et réduire la concentration d'éventuels agents pathogènes. Ils recommandent également de faire fonctionner les systèmes de chauffage, de ventilation et de climatisation avec un minimum d'air extérieur lorsque les bâtiments sont inoccupés.

La lettre ouverte des scientifiques recommande de minimiser la recirculation de l'air et de compléter la ventilation générale par d'autres mesures de lutte contre les infections aéroportées, comme l'échappement local, la filtration d'air à haute efficacité et les lampes ultraviolettes germicides. La lettre recommande également de ne pas surpeupler les bâtiments et les transports publics. L'OMS recommande de vérifier que les équipements de ventilation des bâtiments, d'échange d'air et de déshumidification des piscines couvertes sont en bon état de fonctionnement.

Le site de nouvelles sur la réparation des collisions, Repairer Driven News, a demandé au CDC des recommandations sur les voitures et les systèmes de chauffage, de ventilation et de climatisation. Selon leur porte-parole, le CDC n'a pas émis de recommandations pour la décontamination des systèmes de chauffage, de ventilation et de climatisation des bâtiments qui ont été potentiellement exposés au coronavirus et affirme qu’à l’heure actuelle, il n'y a aucune preuve que le virus puisse rester viable dans ces systèmes. En effet, jusqu'à présent, les experts ont constaté que le virus perd sa capacité à infecter naturellement les personnes en quelques heures ou quelques jours.

Dans le cas des voitures, le CDC recommande aux conducteurs de covoiturage, de taxi et de limousine de ne pas utiliser l'option de recirculation de l'air pour la ventilation de la voiture pendant le transport de passagers. Ils suggèrent plutôt d'utiliser les bouches d'aération de la voiture pour faire entrer de l'air frais de l'extérieur et/ou d'abaisser les vitres du véhicule.

Si vous pensez que votre voiture a pu être contaminée par le virus Covid-19, le porte-parole du CDC recommande d’attendre 24 heures et d’exposer votre véhicule de façon  maximale au soleil pour désactiver toute trace du virus qui pourrait être présente. Lorsque le véhicule est à l'extérieur, vide avec ses portes ouvertes et ses vitres baissées, assurez-vous que le système de ventilation n'est pas réglé en mode de recirculation, réglez le chauffage à la température maximale et mettez le ventilateur à puissance maximum pendant 5 minutes. Enfin, après avoir effectué l'une de ces étapes ou les deux, désinfectez les surfaces du véhicule.

Notre objectif est de vous fournir des faits vérifiés aussi exacts et à jour possible. Si vous pensez que nous avons fait une erreur ou que nous avons omis des renseignements importants, veuillez nous contacter.

  • 30 juillet 2020

    Nous avons mis à jour ce texte en juillet 2020, afin de refléter la conversation actuelle entre la communauté scientifique et l'Organisation mondiale de la santé à savoir si le virus SRAS-CoV-2 qui provoque la COVID-19 est aéroporté. Notre verdict, qui reflète notre vérification des faits sur la transmission potentielle du SRAS-CoV-2 par les systèmes de chauffage, ventilation et climatisation (HVAC), n'a pas changé; d'autres études sont nécessaires pour arriver à une conclusion ferme sur ce sujet particulier. Un groupe de scientifiques a encouragé la prise de précautions face au risque de propagation du SRAS-CoV-2 par transmission aérienne.

    Voici le contenu de fond que nous avons ajouté :

    Dans une lettre ouverte datée du 6 juillet 2020, 239 scientifiques de 32 pays ont exhorté la communauté médicale à reconnaître le potentiel de propagation aérienne de la COVID-19. Ils citent de nombreuses études et reconnaissent que, bien que la transmission aérienne du SRAS-CoV2 ne soit pas encore universellement acceptée par la communauté médicale, il existe suffisamment de preuves préliminaires pour encourager la prise de précautions. Selon cette lettre, il existe un "potentiel significatif" de propagation par inhalation à courte ou moyenne distance, qu'ils définissent comme pouvant aller jusqu'à plusieurs mètres, ou à l'échelle d'une pièce.

    En réponse, l'OMS a mis à jour sa note d'information sur les modes de transmission pour la première fois depuis le 29 mars 2020. Elle a connaissance d'études qui ont évalué la présence d'ARN COVID-19 dans des échantillons d'air, mais qui ne sont pas indicatives d'un virus viable qui pourrait être transmissible. L'OMS a reconnu que des recherches sont "nécessaires de toute urgence pour étudier ces cas et évaluer leur importance pour la transmission de la COVID-19". Il est important de savoir si un virus viable est trouvé et quel rôle il peut jouer dans la transmission.

    Au début de l’article, nous avons aussi fait la distinction entre la transmission du virus par voie aérienne et par le biais des systèmes de chauffage de ventilation et de climatisation : Pour le moment, il est probable que la transmission par voie aérienne soit possible, mais les chercheurs ne savent pas encore à quelle fréquence. Une fois le mode de transmission confirmé, d’autre études seront nécessaires pour déterminer si les systèmes CVC peuvent transmettre le virus.

American Society of Heating, Refrigerating and Air-Conditioning Engineers https://www.ashrae.org/file%20library/technical%20resources/ashrae%20journal/2020journaldocuments/72-74_ieq_schoen.pdf

https://www.ashrae.org/technical-resources/resources

https://www.ashrae.org/about/news/2020/ashrae-offers-covid-19-building-readiness-reopening-guidance


Environment International https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC7151430/

Gouvernement du Canada https://www.canada.ca/fr/instituts-recherche-sante/nouvelles/2020/03/le-gouvernement-du-canada-finance-49nouveaux-projets-de-recherche-sur-la-covid-19--details-des-projets-finances.html

Repairer Driver News https://www.repairerdrivennews.com/2020/05/04/cdc-offers-perspective-on-handling-autos-vehicle-hvac-amid-covid-19-threat/

Stanford University News https://news.stanford.edu/2020/04/06/open-science-era-covid-19/


US Centers for Disease Control and Prevention https://www.cdc.gov/coronavirus/2019-ncov/faq.html https://www.cdc.gov/coronavirus/2019-ncov/community/organizations/rideshare-drivers-for-hire.html

Organisation mondiale de la Santé (OMS) https://www.who.int/fr/publications-detail/infection-prevention-and-control-during-health-care-when-novel-coronavirus-(ncov)-infection-is-suspected-20200125. https://www.who.int/westernpacific/emergencies/covid-19/information/physical-distancing https://apps.who.int/iris/bitstream/handle/10665/331937/WHO-2019-nCoV-Hotels-2020.2-eng.pdf 

https://www.who.int/fr/news-room/q-a-detail/q-a-how-is-covid-19-transmitted

Journal of Clinical Infectious Diseases https://academic.oup.com/cid/article/doi/10.1093/cid/ciaa939/5867798 


  Propos vérifié

National Post

Organisation
Le coronavirus peut se propager par le système de chauffage, de ventilation et de climatisation (CVC) des bâtiments

Verdict:

Non corroboré (données insuffisantes)

 16 juin 2020


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