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La COVID-19 : une infection transmise sexuellement?

par Cédric Ayisa - 15 juin 2020   458 vues   5 min
La COVID-19 : une infection transmise sexuellement?

Propos vérifié

Les preuves démontrent que la Covid-19 ne peut pas se transmettre par voie sexuelle

Verdict

Non corroboré (données insuffisantes)

Le titre d’un communiqué publié le 22 avril 2020 sur le site Internet de University of Utah stipule que les preuves démontrent que la COVID-19 ne se transmet pas sexuellement. Cette affirmation est non corroborée.

Plusieurs limites à l’étude 

Le titre du communiqué tente de résumer les résultats d’une étude publiée le 7 avril 2020 dans le journal Fertility and Sterility de l’American Society of Reproductive Medecine qui montre que le virus qui cause la COVID-19 ne se retrouve pas dans le sperme de patients qui ont été infectés et ont récupéré. L’étude été effectuée par des scientifiques américains et chinois auprès de 34 patients chinois, 31 jours après un diagnostic positif de COVID-19. Elle n’a révélé aucune trace de virus dans leur sperme.

Dans l’étude, les auteurs admettent que la petite taille de leur échantillon ne permet pas de tirer de conclusions. Ils énumèrent d’ailleurs une série d’autres limites comme les symptômes légers de COVID-19 des patients testés, l’étude d’un échantillon de sperme seulement par personne (alors qu’il faudrait des analyses beaucoup plus poussées de plusieurs échantillons pour arriver à une conclusion plus ferme) et l’absence de profil hormonal des patients, entre autres. 

Un titre qui ne reflète pas la conclusion des auteurs de l’étude 

De plus, le titre de l’article ne reflète pas entièrement les propos de l’étude. En effet, à cause des limites de l’étude, les auteurs eux-mêmes arrivent à la conclusion que leurs résultats ne sont pas corroborés et qu’il est impossible d’écarter la possibilité que le virus qui cause la COVID-19 se retrouve dans le sperme et donc, se transmette par voie sexuelle. Le titre du communiqué ne repose pas sur l’entièreté des propos des chercheurs, mais seulement sur des résultats qui, selon les chercheurs même, ne sont pas solides ni concluants.

Alors, est-ce que la COVID-19 se transmet par voie sexuelle? 

Une autre étude a été menée en janvier 2020 et février 2020 par des chercheurs de Pékin sur 38 patients chinois – un autre très petit échantillon. Les résultats ont indiqué que six patients (16% de l’échantillon total) avaient des traces de la COVID-19 dans leur sperme, dont quatre patients qui étaient encore dans la phase aigüe de la maladie et deux patients qui étaient en récupération. Là encore, vu la petite taille de l’échantillon, il est trop tôt pour avancer que le virus qui cause la COVID-19 peut se transmettre par voie sexuelle. Mais ces résultats contrastent avec ceux de l’étude précédente qui n’avaient pas trouvé de COVID-19 dans le sperme de patients d’un échantillon de taille semblable.

Les autorités sanitaires sont unanimes : la COVID-19 se transmet principalement par les voies respiratoires. L’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) indique qu’on peut contracter le virus qui cause la COVID-19 par le contact étroit avec une personne infectée, par les gouttelettes respiratoires, par le contact avec les surfaces infectées, en plus de la main avec la bouche, le nez ou les yeux, avant de se laver les mains.  

Comme l’indique le Center for Disease Control and Prevention (CDC) américain, les scientifiques ne sont pas encore en mesure d’affirmer que les traces de la COVID-19 trouvées dans le sperme, l’urine, le vomi ou encore le lait maternel, soient « viables ». Quant à sa présence dans le sperme, les scientifiques affirment qu’il faudra plus d’études, avec un échantillon plus grand, pour savoir si ces traces de la COVID-19, peuvent avoir des effets sur la reproduction et la transmission du virus via des rapports sexuels. Même son de cloche du côté de l’Organisation mondiale de la santé, qui mentionne également une étude qui a démontré la présence du virus qui cause la COVID-19 dans les matières fécales, sans toutefois confirmer une transmission fécale-orale. 

Un risque théorique de transmission  

Cela étant dit, le mécanisme par lequel le virus est capable d'infecter les cellules des voies gastro-intestinales est à considérer dans le contexte des pratiques sexuelles. En effet, les gouttelettes de salives et les matières fécales sont capables de transporter des particules de virus actives. Les récepteurs ACE II, que ciblent le virus Sars-CoV2, sont tout aussi répandus dans les voies respiratoires que dans les voies gastro-intestinales et rectales. Malgré l’absence d’études cliniques, il pourrait exister, en théorie, un risque de contagion de la COVID-19 par l’entremise des relations sexuelles, selon un article publié dans le Journal of the American Academy of Dermatology en avril dernier.

Notre verdict est que le titre du communiqué vérifié est non corroboré, voire trompeur. Deux études contradictoires avec des échantillons de petite taille et des limites importantes ne suffisent pas à établir une conclusion. Une théorie de potentiel de transmission sexuelle vient s’ajouter, mais celle-ci n’est pas prouvée non plus. Il est présentement impossible d’affirmer que la COVID-19 ne peut pas être transmise par voie sexuelle.  

Les autorités sanitaires et les chercheurs s’entendent pour dire que plus d’études sont nécessaires afin d’examiner de façon systématique la possibilité que la COVID-19 se transmette autrement. Cela aurait d’énormes conséquences sur les mesures de santé publique et les messages à la population. 

Gare aux titres trompeurs  

Les titres d’articles et de communiqué ont pour but de résumer les propos d’un texte et de convaincre les lecteurs de le lire. Dans notre ère où la rapidité prime, plusieurs personnes font simplement défiler les titres, sans lire le contenu ou sans aller lire les propos d’origine. Les titres trompeurs (qu’ils soient intentionnels ou non) contribuent à la désinformation et peuvent mener à des situations fâcheuses, voire dangereuses.

Même s’il n’existe pas encore d’études complètes sur les risques de transmission de la COVID-19 par voie sexuelle, il est recommandé d’éviter les contacts physiques de moins de deux mètres avec des personnes ne vivant pas sous le même toit que vous. Dans le cas des rapports sexuels, il faut également pouvoir prévenir d’autres infections transmissibles sexuellement (ITS) et les grossesses non planifiées en utilisant des préservatifs ou d’autres formes de contraception recommandées par les médecins. 


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  Propos vérifié

University of Utah Health

Organisation
Les preuves démontrent que la Covid-19 ne peut pas se transmettre par voie sexuelle

Verdict:

Non corroboré (données insuffisantes)

 15 juin 2020


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