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La prudence est de mise pour les femmes enceintes pendant la pandémie COVID-19

par Maxime Dubé - 31 juillet 2020   848 vues   7 min
La prudence est de mise pour les femmes enceintes pendant la pandémie COVID-19

Propos vérifié

Les femmes enceintes ne sont pas plus à risque face à la COVID-19

Verdict

Inexact dans son ensemble (avec réserves)

Le titre d’un article publié le 18 juin 2020 par le média américain ABC News affirme que les femmes enceintes ne sont pas plus à risque face à la COVID-19, selon les données actuellement disponibles. Cette affirmation est inexacte avec réserves.

Un titre qui mène à la confusion – et qui est inexact

En premier lieu, le titre de l’article de ABC news et le propos que nous vérifions est vague et porte à confusion. En effet, le titre mentionne la vulnérabilité des femmes enceintes à la COVID-19, mais de quel type? De contracter la maladie? D’en être plus gravement affectée? De la transmettre à leur bébé? Le titre pose également un deuxième problème en laissant entendre que les données disponibles avancent que les femmes enceintes ne sont pas plus à risque face à la COVID-19 que le reste de la population.

Or dans le corps de l’article d’ABC News lui-même, et dans les sources officielles que nous citons plus bas, il est plutôt expliqué que, d’après le peu de données disponibles à l’heure actuelle, il n’y a pas de preuve que les femmes enceintes sont plus vulnérables face à la maladie - contrairement aux personnes atteintes de diabète, de problème d’hypertension artérielle et affectées par des maladies pulmonaires. Cependant, considérant la vulnérabilité des femmes enceintes aux virus respiratoires en général, il est permis de penser que le virus SARS-CoV-2, lui aussi un virus respiratoire, leur serait également plus nuisible. Le titre pose donc un risque de mésinformation puisqu’il pourrait tromper une lectrice qui limiterait sa lecture au titre, comme c’est souvent le cas.

Pas plus de risques d’attraper la COVID-19: inexact avec réserves

Tout d’abord, l’étude du réseau JAMA à laquelle l’article se réfère conclut qu’il y a un manque de données et qu’il n’y a donc pas de raison pour lesquelles les femmes devraient envisager de retarder leur grossesse pendant la COVID-19. Cependant, malgré ce manque de données, on sait que les changements physiologiques qui s’opèrent chez les femmes enceintes les rendent plus vulnérables aux maladies respiratoires. Par conséquent, et en théorie, l’affaiblissement du système de défense des femmes enceintes pourrait les rendre plus vulnérables à l’infection à la COVID-19 – d’où notre réserve.

Les risques de maladie grave : plus d’hospitalisations et d’admissions aux soins intensifs

D’autant plus qu’une mise à jour du Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis prévient qu’il est de plus en plus clair que les femmes enceintes ont tendance à être davantage hospitalisées et admises aux soins intensifs que les femmes en âge de procréer qui ne sont pas enceintes. En revanche, le taux de mortalité ne présente pas de différence significative entre les deux groupes et demeure faible.

Cette mise à jour confirme les préoccupations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de la Mayo Clinic qu’il est possible que les femmes enceintes soient plus vulnérables aux formes plus graves de la COVID-19. Ces craintes découlent des changements bien connus causés par la grossesse dans le corps et dans le système immunitaire des femmes enceintes qui les rendent plus à risque de développer des formes graves d’autres maladies respiratoires. Cependant, l’OMS et la Mayo Clinic ne reconnaissent pas encore la mise à jour du CDC américain; il est possible qu’elles attendent davantage de recherches d’autres pays pour ne pas généraliser les résultats d’un seul pays et les appliquer au reste du monde.

En revanche, les directives restent les mêmes pour l’OMS, Mayo Clinic et Santé Canada: il faut que les femmes enceintes considèrent qu'elles peuvent être plus susceptibles de développer des formes graves de la maladie et par conséquent, qu’elles doivent suivre les mesures sanitaires à la lettre pour se protéger et protéger leur bébé.

À ce stade-ci, nous réitérons notre verdict que le propos à vérifier, soit que les femmes enceintes ne sont pas plus à risque de la COVID-19, est inexact avec réserves. Les femmes enceintes ont tendance à être davantage hospitalisées et admises aux soins intensifs que les femmes en âge de procréer qui ne sont pas enceintes. Nous émettons une réserve, car il est encore non corroboré (mais théoriquement possible) que les femmes enceinte soient plus à risque de contracter la COVID-19.

Qu’en est-il de la transmission au bébé et des complications?

Des cas de transmission entre mère et enfant ont été observés à de rares occasions mais les modes de transmission sont encore méconnus. Cependant, des chercheurs italiens ont révélé, dans une conférence de presse en ligne de la 23e convention internationale sur le SIDA ,qu’il est fortement probable qu’il y ait eu deux cas de transmission lors d’une grossesse dans l’une de leurs études portant sur 31 femmes enceintes atteintes de la COVID-19. Plus récemment on a pu démontrer que le placenta exprime davantage de récepteurs ACE2. Et une étude démontre maintenant que le coronavirus pénètre dans les cellules via ces récepteurs ACE2. Ceci permet d’envisager un risque théorique de transmission du virus entre la mère et le fœtus (avant la naissance).

Du côté de la Société canadienne de pédiatrie, on croit que la transmission porte davantage sur les gouttelettes de respiration et que les consignes d’hygiène habituelles aident à minimiser les risques de transmission.

Selon la Mayo Clinic il n’est pas prouvé que la COVID-19 puisse entraîner des complications lors de l’accouchement. Seulement un petit nombre de problèmes ont été répertoriés, comme des naissances prématurées, mais il est impossible de déterminer si la COVID-19 en était réellement la cause. Jusqu’à ce jour, les bébés infectés par la COVID-19 n’ont présenté que des symptômes mineurs, voire aucun symptôme dans la majorité des cas. Toutefois, l’organisation affirme que quelques cas limités de formes graves de la maladie ont été remarqués chez des nouveau-nés.

L’OMS recommande que les nouvelles mamans qui ont contracté la COVID-19 allaitent leur(s) nouveau-nés, car il n’y a pas de preuves à ce jour que la COVID-19 se transmet par le lait maternel. L’OMS recommande aussi que les contacts peau-sur-peau entre la mère et l’enfant se poursuivent.

En juillet 2020, l’OMS a demandé aux États-Membres de partager l’information (en format anonyme) relative aux femmes enceintes ou aux femmes ayant accouché au maximum 21 jours après avoir reçu un diagnostic positif de COVID-19, afin de pouvoir mener des études plus approfondies sur les risques encourus par les femmes enceintes et leurs nouveau-nés face à la COVID-19.

Les minorités visibles et la COVID-19

Si les risques pour les femmes enceintes de contracter la COVID-19 ne sont pas entièrement corroborés, en date de publication du présent texte, le CDC américain note tout de même que les minorités visibles aux États-Unis sont affectées de manière disproportionnée par la COVID-19. Les femmes afro-américaines ont cinq fois plus de chance de contracter la COVID-19 (les femmes hispaniques, quatre fois plus) que les femmes de race blanche. Le CDC justifie cet écart par les inégalités sociales systémiques que vivent ces populations depuis longtemps. Par conséquent, il est raisonnable de considérer que les femmes issues des minorités visibles sont plus à risque d’attraper la maladie – et donc qu’elles doivent prendre les précautions nécessaires dans la mesure du possible.

Une étude du National Perinatal Epidemiology Unit (NPEU) au Royaume-Uni en collaboration avec le Royal College of Obstetricians and Gynaecologists, les Universities of Leeds et Birmingham, Kings and Imperial Colleges London, fait écho au CDC américain en affirmant que les femmes enceintes d'origine noire et de minorité ethnique ont plus de chance d'être admises dans les hôpitaux du Royaume-Uni pour la COVID-19.

Notre objectif est de vous fournir des faits vérifiés aussi exacts et à jour possible. Si vous pensez que nous avons fait une erreur ou que nous avons omis des renseignements importants, veuillez nous contacter.

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 31 juillet 2020


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