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Le niveau de désinformation a augmenté depuis le début de la pandémie de la COVID-19

par Cédric Ayisa - 17 juillet 2020   654 vues   9 min
Le niveau de désinformation a augmenté depuis le début de la pandémie de la COVID-19

Propos vérifié

COVID-19: désinformation d’une ampleur inégalée depuis le début de la crise

Verdict

Exact (soutenu par des preuves et des faits; marge d’erreur acceptable)

Dans le titre d’un article publié le 20 juin, le Journal de Québec affirme que la désinformation connait “une ampleur inégalée depuis le début de la crise” sanitaire causée par la pandémie de la COVID-19. Cette affirmation est exacte.

La peur de la maladie, le climat d’incertitude créé par la COVID-19, les mesures sanitaires mises en place dans plusieurs pays et la course aux traitements et aux médicaments sont des facteurs qui poussent les gens à chercher de l’information et des réponses à leurs questions. De nos jours, cela peut devenir une tâche assez complexe.

Une surabondance de sources d’information et une surabondance d’information

Où cherche-t-on cette information et ces réponses ? Auprès des scientifiques, des autorités sanitaires et des leaders politiques mais aussi auprès des membres de notre famille, de nos voisins, de nos collègues, de nos communautés. En 2020, et pendant la pandémie, c’est souvent sur Internet, les réseaux sociaux, les plateformes de partage, les postes de nouvelles télévisées qui opèrent 24 heures sur 24 et les applications mobiles des compagnies médiatiques qu’on cherche réponse à nos questions.

Toutes ces sources offrent de l’information, et pas toujours la même. Il y a une surabondance de sources et d’information sur la COVID-19 dans laquelle il s’avère compliqué de naviguer.

Une qualité et une exactitude inégales de l’information

Qui plus est, l’information partagée n’est pas toujours exacte ou de qualité. Lorsqu’une étude scientifique a été vérifiée par des pairs et publiée par un journal scientifique qui a bonne réputation, on peut s’y fier la plupart du temps (il y a des erreurs et des exceptions, comme dans tout). Même chose pour les recommandations sanitaires offertes par les autorités sanitaires. Les leaders politiques responsables partagent eux et elles aussi des recommandations qui ont des bases scientifiques. Les médias ont des processus de révision et d’édition.

Mais sur les réseaux sociaux, l’Internet et les plateformes de partage comme Whatsapp, pas d’éditeur, peu de mécanismes d’édition et de vérification : n’importe qui peut créer du contenu et le partager.

Cette situation favorise le foisonnement de contenus erronés (la mésinformation) ou trompeurs (la désinformation), ou les deux.

Quelques définitions : la mésinformation, la désinformation, l’infodémie

Les termes mésinformation et désinformation sont souvent utilisés comme des synonymes. Mais ils ne le sont pas. La différence n’est pas seulement dans la consonne initiale, elle est aussi dans l’intention.

La mésinformation est une "fausse information qui est propagée", peu importe son intention. La ou les personnes qui la répandent peuvent y croire ou la partager de bonne foi.

À titre d’exemple : Une personne qui partage l’information selon laquelle la technologie 5G serait à l’origine de la propagation du virus et qui y croit elle-même, fait de la mésinformation. Cette information est inexacte, mais la personne qui l’a partagée y croit.

La mésinformation peut donc conduire à la désinformation.

La désinformation est une information fausse partagée dans l'intention délibérée de tromper. Il s'agit d'une information inexacte ou fausse diffusée dans un but précis.

Dans le contexte de la COVID-19, lorsqu’une personne crée ou partage l’information qui relie la technologie 5G à la propagation de la COVID-19 dans le but de tromper les autres ou de les induire en erreur, on parlera de désinformation.

L’infodémie : C’est un mot inventé en 2003 par le journaliste David Rothkopf dans une rubrique du journal Washington Post, la contraction des mots "information" et "épidémie". Le terme provient du mot anglais « infodemiology », créé en 2002 par Gunther Eysenbach, un chercheur canadien. Le terme infodémie, aujourd’hui repris par l’ONU et l'Organisation mondiale de la santé, est défini comme "une surabondance d'informations - certaines exactes et d'autres non - qui fait qu'il est difficile pour les gens de trouver des sources fiables et des conseils sûrs lorsqu'ils en ont besoin".

La mésinformation et la désinformation avant la pandémie

Le problème de la mésinformation et de la désinformation existait bien avant la crise sanitaire de la COVID-19 et peut avoir d’importantes conséquences sur la société et son fonctionnement. Des citoyens ayant été exposés à la mésinformation et à la désinformation, peuvent avoir des points de vue qui mènent à la stigmatisation d’un groupe de personnes et à des conflits. De la mésinformation ou de la désinformation à propos d’un politicien ou d’un parti politique peut changer le vote lors d’une élection. De fausses statistiques ou de fausses citations attribuées à des individus peuvent complètement menacer l’équilibre d’une institution.

On pense aux campagnes des groupes antivaccins, ou des tentatives d’influence lors de campagnes électorales un peu partout dans le monde. D’ailleurs en 2019, à la veille des élections fédérales, le gouvernement canadien a annoncé la création de plusieurs programmes visant à “aider les citoyens à renforcer leur pensée critique et leur résilience face aux dangers de la désinformation en ligne”.

Avec l’arrivée de la pandémie, le problème de la mésinformation et de la désinformation en ligne s’est intensifié.

La désinformation en hausse en temps de pandémie

Nous avons vérifié auprès de plusieurs sources sûres les données qui pourraient confirmer le propos du Journal de Québec que nous vérifions ici, à savoir que la désinformation connaît une ampleur inégalée depuis le début de la pandémie.

Les statistiques recueillies par ces sources nous mènent à conclure qu’effectivement, il est exact qu’il y a plus de désinformation depuis le début de la pandémie. Il y a aussi plus de mésinformation.

Selon une étude effectuée par la Reuters Institute for the Study of Journalism sur la désinformation autour de la COVID-19, entre Janvier 2020 et mars 2020, le nombre d’informations vérifiées en anglais a augmenté de 900%. Ce chiffre provient de données recueillies auprès de First Draft, de l’International Fact-checking Network (IFCN) et Google Fact Check Explorer Tool, respectivement une plateforme, un réseau et un outil consacrés à la lutte contre la désinformation.

Vérifications cumulatives des faits en langue anglaise (Reuters)

(Image : Reuters Institute)

Cristina Tardáguila, directrice adjointe de l’International Fact-checking Network (IFCN), a également souligné dans un article, une augmentation des demandes concernant la vérification de faits depuis le début de la crise, et le défi que cette infodémie occasionne auprès des plateformes de vérification de faits.

Sur l’application de messagerie WhatsApp par exemple, Clara Jiménez Cruz, co-fondatrice de la plateforme espagnole Maldita.es, affirme que les demandes de vérification de faits, sont passées de 900 à 1500 - 2000 par jour.

En Afrique, les théories du complot sur l’origine du virus, les vaccins et la prescription de faux traitements se sont également très vite répandues, à travers des applications comme Whatsapp, indique l’UNESCO.

D’ailleurs, au cours du seul mois d’avril 2020, Facebook mentionne avoir rapporté 50 millions de contenus “trompeurs” liés à la COVID-19.

Pourquoi lutter contre la mésinformation et la désinformation sur la COVID-19 ?

Pour se protéger et protéger les autres contre la COVID-19, nous avons besoin d’avoir des informations exactes et pertinentes. La mésinformation et la désinformation sanitaire peuvent amplifier les flambées de maladie et avoir des conséquences nocives et même fatales, comme l’expliquent des chercheurs. Nous pouvons nous exposer nous-même et exposer les autres à des risques de contamination et de propagation du virus, par exemple. Ou encore, nous pouvons entrainer notre mort et celle des autres. En mars 2020 en Iran, la mésinformation qui a circulé sur les propriétés de l’alcool à protéger contre la COVID-19 a poussé des milliers de personnes à boire du méthanol. Près de 500 personnes sont mortes et presque 3000 personnes ont été malades.

Il devient donc impératif de lutter contre la mésinformation et la désinformation afin de prévenir des situations pouvant mettre en danger les individus et les sociétés.

Qu’est-ce qui se fait actuellement pour lutter contre la mésinformation et la désinformation sur la COVID-19 ?

Plusieurs campagnes de sensibilisation ont vu le jour depuis le début de la pandémie. On note la campagne “Pause” des Nations-unies ou la campagne “Stop the Spread” (arrêter la propagation) lancée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en partenariat avec le gouvernement britannique.

Des initiatives ont également été prises par l’OMS pour renforcer cette lutte: la création d’outils adaptés et d’informations basées sur la science, des partenariats avec des organisations (telles que l’Union internationale des télécommunications, International Center for Journalists) et des entreprises (Facebook, Whatsapp, Rakuten Viber). Le but est de pouvoir rejoindre le plus de personnes avec les bonnes informations et les éléments nécessaires pour renforcer leur résilience face à la mésinformation et à la désinformation.

D’un autre côté, des plateformes de vérification de faits et l’International Fact-checking Network (IFCN) joignent leurs forces pour “lutter contre l’infodémie”. D’ailleurs dans une récente publication, le chercheur canadien Gunther Eysenbach, propose quatre piliers dans la lutte contre l’infodémie.

Les géants du web comme Facebook et ses filiales (WhatsApp, Instagram) ainsi que Twitter, prennent des mesures pour lutter contre ce phénomène. L’usage des technologies telles que l’intelligence artificielle, l’étiquetage des publications, la limitation du nombre de transfert d’informations douteuses ou d’interactions avec certaines publications en sont quelques exemples. Dans une déclaration commune datée de mars 2020, plusieurs géants du web ont d’ailleurs réitéré leur partenariat avec les gouvernements et certaines organisations, pour développer des outils et des campagnes afin de lutter contre la mésinformation et la désinformation.

Comment pouvons-nous lutter au quotidien contre la désinformation?

Personne n’est à l’abri de la consommation et du partage de la mésinformation et de la désinformation. Nous devons donc tous nous responsabiliser et lutter contre ces fléaux grandissants. C’est dans cette optique que nous avons créé un guide simple et facile à retenir, le Cadre FAITS pour lutter contre la mésinformation et la désinformation. Vous pouvez le retrouver sur cette page et le partager.

Notre objectif est de vous fournir des faits vérifiés aussi exacts et à jour possible. Si vous pensez que nous avons fait une erreur ou que nous avons omis des renseignements importants, veuillez nous contacter.

Gouvernement du Canada https://www.canada.ca/fr/patrimoine-canadien/nouvelles/2019/07/aider-les-citoyens-a-renforcer-leur-pensee-critique-et-leur-resilience-face-aux-dangers-de-la-desinformation-en-ligne.html

Organisation mondiale de la santé (OMS) https://www.who.int/fr/home https://www.who.int/news-room/feature-stories/detail/countering-misinformation-about-covid-19

Organisation des Nations unies (ONU) https://www.un.org/en/un-coronavirus-communications-team/un-tackling-%E2%80%98infodemic%E2%80%99-misinformation-and-cybercrime-covid-19

https://news.un.org/en/story/2020/04/1061592

https://www.un.org/en/un-coronavirus-communications-team/five-ways-united-nations-fighting-%E2%80%98infodemic%E2%80%99-misinformation

https://news.un.org/en/story/2020/06/1067422

UNESCO (Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture) https://fr.unesco.org/courier/2020-3/crise-sanitaire-terreau-fertile-desinformation

Reuters Institute for the Study of Journalism https://reutersinstitute.politics.ox.ac.uk/types-sources-and-claims-covid-19-misinformation#sources

The Poynter Institute (IFCN) https://www.poynter.org/fact-checking/2020/the-demand-for-covid-19-facts-on-whatsapp-is-skyrocketing/

Facebook https://ai.facebook.com/blog/using-ai-to-detect-covid-19-misinformation-and-exploitative-content

https://about.fb.com/news/2020/04/covid-19-misinfo-update/

WhatsApp https://blog.whatsapp.com/Keeping-WhatsApp-Personal-and-Private

Instagram https://about.instagram.com/blog/announcements/coronavirus-keeping-people-safe-informed-and-supported-on-instagram

Twitter https://blog.twitter.com/en_us/topics/product/2020/updating-our-approach-to-misleading-information.html https://twitter.com/fbnewsroom/status/1239703497479614466

Journal of Medical Internet Research https://www.jmir.org/2009/1/e11/

https://www.jmir.org/2020/6/e21820/

SAGE Journals https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/0037549719885021#_i13

Merriam-Webster https://www.merriam-webster.com/words-at-play/words-were-watching-infodemic-meaning

Euronews https://fr.euronews.com/2020/03/27/coronavirus-une-rumeur-meurtriere-empoissonne-l-iran 

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