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Les chances de survivre à la COVID-19 ont-elles augmenté avec le temps?

par Grailing Anthonisen - 19 août 2020   3134 vues   8 min
Les chances de survivre à la COVID-19 ont-elles augmenté avec le temps?

Propos vérifié

Plus les professionnels de la santé avancent dans leur compréhension de la COVID-19, plus les chances de survie des malades augmentent, en partie grâce à ce qu’on a appris sur ce qu’on appelle "hypoxie heureuse" et sur des traitements potentiels

Verdict

Non corroboré (données insuffisantes)

Cette affirmation nous a été envoyée par un utilisateur du portail COVID19facts.ca via notre formulaire de contact, et a circulé sur les pages Facebook. Elle prétend qu'à mesure que les professionnels de la santé avancent dans leur connaissance de la COVID-19, les chances de survie augmentent. Les preuves à l'appui de cette affirmation sont largement non corroborées. Bien qu'il existe des données et des études préliminaires qui confirment que le taux de survie a augmenté et que les options de traitement sont plus nombreuses, d'autres recherches sont encore nécessaires pour confirmer le propos.

L'affirmation repose en partie sur l'idée que les professionnels de la santé ont découvert ce qu'on appelle "l'hypoxie heureuse" ainsi que des traitements potentiels et qu’ils sont donc mieux à même de soigner les patients atteints de la COVID-19. L’affirmation en question fait référence à un certain nombre de nouveaux volets de recherche et d'études préliminaires, y compris des traitements comme le remdesivir et le favipiravir.

Le taux de survie à la COVID-19 a-t-il augmenté ?

Selon une étude publiée par l'American College of Cardiology, le taux de mortalité des patients atteints de la COVID-19 dans les unités de soins intensifs a diminué depuis mars. Cette étude a identifié 24 études d'observation incluant 10 150 patients provenant de centres en Asie, en Europe et en Amérique du Nord. Cependant, elle note aussi que le taux de mortalité de la COVID-19 a jusqu'à présent été largement uniforme dans le monde entier. De même, selon le Centre for Evidence-Based Medicine, les hôpitaux britanniques ont constaté que les décès dus à la COVID-19 au Royaume-Uni ont diminué entre avril et juin.

 John Hopkins Medicine partage l'avis que certaines données semblent indiquer que les patients se rétablissent davantage, ce qui est en partie dû à une meilleure connaissance de la maladie. D'autre part, l'âge moyen des patients qui contractent la COVID-19 est en baisse. En général, ces jeunes patients sont plus résistants et plus aptes à se rétablir.

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), il est difficile d'établir des chiffres pendant une pandémie pour plusieurs raisons. Cela peut s'expliquer par le fait qu'une partie des patients sont asymptomatiques ou n'ont que des symptômes légers et ne se présentent pas pour être testés, que des groupes négligés ou mal desservis peuvent ne pas être détectés, que la capacité de dépistage peut être limitée et restreinte et que des cas peuvent être mal diagnostiqués. Les pays pourraient également être plus ou moins susceptibles de détecter et de signaler les décès.

Une meilleure connaissance médicale de "l’hypoxie heureuse" ou de "l'hypoxie silencieuse" aide-t-elle au traitement de la maladie ?

L'hypoxie se produit lorsque le taux d'oxygène dans le sang est inférieur à la normale, privant ainsi le corps d'oxygène. Selon l'American Lung Association, "l’hypoxie heureuse", ou "hypoxie silencieuse", se produit lorsque le niveau d'oxygène dans le sang baisse sans les signes habituels de cette condition, comme l'essoufflement ou l'inconfort. Il s'agit généralement d'un symptôme ultérieur de la COVID-19. Le document souligne qu'on n’en comprend pas encore exactement la cause et que d'autres études sont nécessaires.

Il existe de nombreuses études, comme celle publiée dans Respiratory Research, sur l'hypoxie heureuse et on ne sait toujours pas combien de patients en souffrent. Il existe de nouvelles informations et de nouvelles études qui permettent aux professionnels de la santé d'être mieux informés dans le traitement et le suivi de leurs patients.

Les options de traitement se sont-elles améliorées ?

Bien qu'il n'existe actuellement aucun vaccin ou remède officiel contre la COVID-19, il existe un certain nombre de thérapies médicamenteuses et de techniques recommandées, ou à l'étude, pour réduire la gravité de la COVID-19. L'une de ces techniques consiste à faire dormir les adultes ou à les allonger sur le ventre, en position couchée. Un nombre croissant d'études publiées dans des revues comme Lancet et JAMA Internal Medicine le suggèrent. L'OMS a publié des recommandations de gestion clinique qui incluent cette technique, mais l’organisation émet des réserves car les preuves manquent et des essais cliniques seraient nécessaires pour évaluer l'efficacité et la sécurité de cette technique.

Le propos vérifié mentionne spécifiquement que le remdesivir et le favipiravir ne sont pas approuvés pour le traitement ou la prophylaxie, en dehors du contexte des essais cliniques. Il existe actuellement dans le monde un certain nombre d'essais cliniques de médicaments (y compris de ces deux médicaments) pour une utilisation "hors indication". "Hors indication" signifie que leur utilisation dans le traitement de la COVID-19 n'est pas une de leurs utilisations normales ou approuvées. Ainsi, le remdesivir a été initialement développé pour traiter le virus Ebola, tandis que le favipiravir a été initialement mis au point pour traiter la grippe.

L'OMS a lancé l'essai clinique Solidarité en partenariat avec 21 pays afin de trouver un traitement efficace pour les patients hospitalisés avec la COVID-19. L'un de ces médicaments est le remdesivir. L'OMS recommande de ne pas généraliser l'utilisation de ce traitement tant qu'il n'y aura pas de preuves que les médicaments sont sûrs et efficaces. Le remdesivir a été approuvé dans un pays pour le traitement des patients souffrant de la COVID-19, et dans plusieurs autres pour une utilisation d’urgence. Selon les résultats préliminaires d'un essai contrôlé randomisé impliquant 1063 patients, publiés par le New England Journal of Medicine, le remdesivir a augmenté le temps de récupération des patients. John Hopkins Medicine note que bien qu'un petit essai ait suggéré que le favipiravir puisse contribuer au traitement, d'autres études sont nécessaires.

Le 27 juillet 2020, le Canada est devenu le premier pays à approuver l'utilisation du remdesivir sur ordonnance, par le biais du médicament Veklury. Santé Canada a déclaré que "L'efficacité et l'innocuité de Veklury dans le traitement de la COVID-19 n'ont pas été complètement établies à ce stade-ci parce que les données disponibles des études cliniques ne sont pas exhaustives. (...) Cependant, considérant le niveau prononcé de non-satisfaction du besoin médical et le contexte d'urgence lié à la pandémie de COVID-19, Santé Canada a jugé le rapport entre les effets bénéfiques et les effets nocifs de Veklury comme étant positif." Un certain nombre de pays, dont les États-Unis, ont également approuvé l'utilisation d'urgence du remdesivir. Le favipiravir, selon l'OMS, a encore besoin de données précliniques avant de pouvoir être ajouté à l'essai Solidarité.

Le processus en est encore aux premiers stades des essais visant à garantir l’efficacité et l’innocuité de ces médicaments. Le remdesivir en est à la phase III des études cliniques. Selon la Food and Drug Administration américaine, seuls 25 à 30 % des médicaments passent la phase III. Le favipiravir est plus en retard que le remdesivir dans les tests.

Pourquoi les preuves préliminaires ne suffisent-elles pas à tirer des conclusions ?

Si l'affirmation selon laquelle les professionnels de la santé ont amélioré le traitement des patients atteints de la COVID-19 est exacte, il n'y a cependant pas assez de preuves pour confirmer que les taux de survie ont augmenté. Une grande partie des questions spécifiques concernant les traitements et les techniques de traitement des symptômes en sont encore aux phases préliminaires de recherche. En lisant les études et les recherches, il est important de garder à l'esprit que les preuves et les études préliminaires ne sont pas concluantes en elles-mêmes et qu’elles sont généralement menées pour voir si des recherches complémentaires seraient utiles. Les professionnels de la santé ne comprennent pas encore parfaitement comment la COVID-19 affecte chaque patient et il reste encore beaucoup d'informations et d'études à mener.

Comment ce commentaire en ligne a-t-il été véhiculé et modifié ?

Un utilisateur du portail FaitsCovid19.ca nous a envoyé ce propos par courriel. Il a été publié sur divers forums de messages et pages Facebook. Les messages sont identiques, commençant par "Un ami professeur de pharmacie à l'Université de Toronto a envoyé à sa famille cette mise à jour clairement formulée", sans jamais nommer le professeur en question. Le message se termine par un appel à agir, encourageant le partage du message comme une nouvelle positive, un peu comme dans une chaîne de courriels. Il peut être tentant de partager de bonnes nouvelles, mais il est important de les examiner d'un œil critique avant de les partager: dans ce message un certain nombre d'éléments appellent à la plus grande prudence, en tout premier lieu le fait que la source de l’information n’est pas identifiée.

Nos recherches indiquent que cette affirmation a d’abord fait surface dans la section géorgienne de Patch, une plateforme locale de partage de nouvelles et d'informations. Elle était écrite par Yu Kang. Selon sa biographie, cette personne est acupunctrice, diététicienne et herboriste à Atlanta, en Géorgie. Elle n'est pas affiliée à l'université de Toronto, mais sa publication est en grande partie la même. La publication d'origine comprend plus de rappels de pratiquer la distanciation physique, de porter un masque, de travailler à la maison si possible, de se laver les mains et de rester à la maison en cas de confinement.

Dans les publications subséquentes, certaines de ces mesures préventives recommandées ont été supprimées tandis qu’une nouvelle source a été ajoutée afin d'accroître la légitimité de l’affirmation. Véhiculer des résultats préliminaires sans souligner qu'ils le sont, risque de minimiser la sévérité actuelle de la COVID-19 et le fait que, bien nos connaissances de la maladie avancent, il reste encore beaucoup de recherches à faire. En outre, le propos pourrait être facilement modifié au moment de le copier et de le coller sur une nouvelle plateforme.

Notre objectif est de vous fournir des faits vérifiés aussi exacts et à jour possible. Si vous pensez que nous avons fait une erreur ou que nous avons omis des renseignements importants, veuillez nous contacter.

The American College of Cardiology

https://www.acc.org/latest-in-cardiology/journal-scans/2020/07/21/13/29/outcomes-from-intensive-care-in-patients

The American Lung Association

https://www.lung.org/media/press-releases/silent-hypoxia-covid-19

The American Journal of Respiratory and Critical Care Medicine

https://www.atsjournals.org/doi/10.1164/rccm.202006-2157CP

Centre for Evidence-Based Medicine

https://www.cebm.net/covid-19/declining-death-rate-from-covid-19-in-hospitals-in-england/

Federal Drug Administration

https://www.fda.gov/media/137565/download

https://www.fda.gov/patients/drug-development-process/step-3-clinical-research

Santé Canada

https://hpr-rps.hres.ca/reg-content/sommaire-decision-reglementaire-detail.php?linkID=RDS00669

Journal of Respiratory Research

https://respiratory-research.biomedcentral.com/articles/10.1186/s12931-020-01462-5

John Hopkins Medicine

https://www.hopkinsmedicine.org/coronavirus/

https://www.hopkinsguides.com/hopkins/view/Johns_Hopkins_ABX_Guide/540747/all/Coronavirus_COVID_19__SARS_CoV_2_#4

https://www.hopkinsguides.com/hopkins/ub?cmd=repview&type=479-1161&name=14_538747_PDF

The New England Journal of Medicine

https://www.nejm.org/doi/10.1056/NEJMoa2021436

https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMoa2007764

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS)

https://www.who.int/news-room/commentaries/detail/estimating-mortality-from-covid-19

https://www.who.int/publications/i/item/clinical-management-of-covid-19

https://www.who.int/fr/emergencies/diseases/novel-coronavirus-2019/global-research-on-novel-coronavirus-2019-ncov/solidarity-clinical-trial-for-covid-19-treatments

https://www.who.int/news-room/detail/16-06-2020-who-welcomes-preliminary-results-about-dexamethasone-use-in-treating-critically-ill-covid-19-patients

https://www.who.int/publications/i/item/who-r-d-blueprint-covid-19-informal-consultation-on-the-potential-inclusion-of-favipiravir-in-a-clinical-trial

  Propos vérifié

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Plus les professionnels de la santé avancent dans leur compréhension de la COVID-19, plus les chances de survie des malades augmentent, en partie grâce à ce qu’on a appris sur ce qu’on appelle "hypoxie heureuse" et sur des traitements potentiels

Verdict:

Non corroboré (données insuffisantes)

 19 août 2020


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