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Pas assez de preuves pour interdire la prise d’ibuprofène en rapport avec la COVID-19

par Maxime Dubé - 14 juin 2020   401 vues   3 min
Pas assez de preuves pour interdire la prise d’ibuprofène en rapport avec la COVID-19

Propos vérifié

L’ibuprofène est à proscrire pour les gens atteints de la Covid-19

Verdict

Inexact dans son ensemble (avec réserves)

En mars 2020, le journal Le Figaro sonne l’alarme contre la prise d’ibuprofène (souvent connue sous le nom d’Advil et Motrin) et d’anti-inflammatoires et suggère plutôt la prise de paracétamol (Tylenol, en Amérique) pour les gens atteints de la COVID-19. À l’heure actuelle, il n’y a pas assez de preuves pour interdire la prise d’ibuprofène en rapport avec la COVID-19. Notre verdict est par conséquent que cette alerte est inexacte, avec cependant quelques réserves.

L’origine de l’alarme

Après avoir suivi le fil d’une rumeur reprise par les autorités sanitaires françaises, Le Figaro a relaté que des formes graves de la COVID-19 ont été signalées chez des jeunes en bonne santé qui ont utilisé des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) tel que l’ibuprofène.

Le Figaro établit de plus un lien avec la mise en garde, en 2019, de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) en France, sur la prise d’AINS en général qui, selon ses recherches, pourrait accroître les risques de complications d’infections. Les AINS peuvent dissimuler certains symptômes ce qui aurait pour effet de retarder les traitements pendant que l’infection se développe davantage. Par conséquent, depuis janvier 2020, les AINS ne sont plus en vente libre dans les pharmacies françaises et sont seulement disponibles sur demande.

La robustesse des associations avancées par le Figaro

L’alerte donnée par des médecins, les autorités sanitaires et reprises par Le Figaro est fondée sur des observations anecdotiques qui ne tiennent pas compte d’autres facteurs possibles. Ces observations n’ont pas fait l’objet d’études contrôlées et validées par d’autres scientifiques qui permettraient d’atteindre un niveau de certitude acceptable pour établir un lien de causalité entre deux objets. La fédération hospitalo-universitaire et de recherche américaine, Mayo Clinic, partage dans un balado qu’à de nombreuses reprises, les conclusions d’observations anecdotiques peuvent s’avérer être le contraire des conclusions obtenues une fois le phénomène observé dans une étude contrôlée et validée par les pairs. Il est donc difficile d’établir un lien entre la prise d’AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens) et les problèmes observés.

Que démontrent les études scientifiques validées?

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS), Santé Canada et le Ministère de la Santé de l’Ontario ont tous trois examiné les études existantes pour en arriver à la même conclusion: il n’y a aucune preuve validée que la prise d’ibuprofène chez les patients atteints de la COVID-19 entraine l’augmentation de risques de développer des formes sévères de la maladie.

L’OMS a effectué une révision de la littérature scientifique et de 73 études portant sur l’effet des anti-inflammatoires sur la gravité d’autres maladies pulmonaires similaires à la COVID-19 et n’a pas trouvé d’association. Santé Canada a fait le même constat après une révision similaire de la littérature.

L’OMS et Santé Canada comptent suivre la situation de près en analysant les nouveaux renseignements qui seront mis à leur disposition. Dans le cas d’une découverte confirmant les impacts négatifs de l’ibuprofène, les organisations comptent changer leurs directives afin de protéger la population.

Pourquoi a-t-on des réserves?

Notre verdict est que l’alerte est inexact puisqu’elle tire des conclusions d’observations anecdotiques d’effets néfastes de l’association d’un AINS et l’infection à la COVID-19. Nous devons cependant émettre des réserves à ce verdict car la question doit être étudiée en profondeur et il se peut qu’à l’avenir des études validées confirment les observations anecdotiques et que les consignes sur l’utilisation de l’ibuprofène avec la COVID-19 changent.

Donc quoi prendre, et quand?

Il y a des cas où l’ibuprofène est nécessaire pour certaines maladies chroniques. C’est pourquoi Santé Canada recommande aux gens atteints de maladie chronique de continuer leurs traitements aux anti-inflammatoires. L'arrêt de ces médicaments peut avoir des conséquences néfastes. Il est important de consulter un professionnel de la santé ou un pharmacien pour toute question relative à la modification d’un traitement médical.


Notre objectif est de vous fournir des faits vérifiés aussi exacts et à jour possible. Si vous pensez que nous avons fait une erreur ou que nous avons omis des renseignements importants, veuillez nous contacter.

  Propos vérifié

Soline Roy

Personne
L’ibuprofène est à proscrire pour les gens atteints de la Covid-19

Verdict:

Inexact dans son ensemble (avec réserves)

 14 juin 2020


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